Au cœur du Rioja : le domaine Azpilicueta, une ode au temps et aux sens
Il existe des vins qui n’ont pas seulement une histoire à raconter, mais qui savent murmurer à l’oreille de notre mémoire sensorielle. Azpilicueta est de ceux-là. Planté au cœur de la Rioja — ce pays de collines ondulantes, d’ocre brûlant et de savoir-faire séculaire — ce domaine espagnol incarne à la fois l’élégance classique et une audace discrète. Une main tendue entre tradition et modernité. Autant dire que le voyage promet d’être vineux, mais aussi viscéral.
Alors, posons notre verre, respirons profondément, et allons à la rencontre de cette maison et de ses vins avec les narines grandes ouvertes. Dans ce cépage d’articles à mi-chemin entre carnet de voyage et carnet de dégustation, c’est la promesse de l’Espagne qui résonne déjà sous notre palais.
Le domaine Azpilicueta : de Fuenmayor au monde
Le nom Azpilicueta sonne comme un vieux chant basque, et pour cause : il s’ancre dans la Rioja Alta, l’une des trois sous-régions de l’appellation Rioja, réputée pour ses altitudes élevées, ses hivers rigoureux, et ses étés qui cajolent les vignes sans les dessécher. Une sorte de jardin d’altitude pour raisins gâtés.
C’est à Fuenmayor, petit village quasiment enlacé par les vignes, que le domaine prend naissance. À sa tête, une figure inspirante : Julian Barceló Azpilicueta. Depuis le XIXe siècle, cette maison a su conjuguer rigueur œnologique et intuition poétique. Elle s’appuie aujourd’hui sur le génie œnologique de Elena Adell, l’une des rares femmes chefs de cave à s’être imposée dans cet univers aux accents traditionnellement masculins. Et c’est peu dire que ses cuvées transpirent la précision et l’imaginaire.
Le domaine gère un subtil maillage de parcelles autour de la zone d’Alto Najerilla, où l’influence atlantique flirte avec un ensoleillement généreux. Les vignes anciennes plantées en gobelet côtoient des expérimentations plus modernes, toujours avec une éthique de respect du terroir et une vinification pensée dans le détail. Leur signature ? L’expression noble des cépages classiques du Rioja : Tempranillo, Graciano, Mazuelo (Carignan), et parfois Viura pour les blancs plus confidentiels.
Une alchimie de cépages : analyse organoleptique de la cuvée Azpilicueta Crianza
On ne peut sérieusement parler du Rioja sans plonger le nez – littéralement – dans une cuvée Crianza. C’est souvent le point d’équilibre entre jeunesse et maturité, où le bois et le fruit s’apprivoisent sans se faire d’ombre. Le Azpilicueta Crianza s’impose ici comme une lumineuse leçon d’école.
Imaginez un jour d’automne : vous marchez sur un sentier de feuilles mortes, des notes de cuir, de rouges profonds vous guident. C’est à peu près ce que propose ce vin à l’ouverture.
- Œil : robe rouge rubis aux reflets légèrement tuilés, présage d’un élevage maîtrisé et d’un vin qui commence à prendre son pas de valseur.
- Nez : une palette qui oscille entre la griotte à l’eau-de-vie, le bois noble, la vanille et une touche de cacao. On perçoit aussi une délicate note de tabac blond et de feuilles séchées. Le tout s’ouvre avec l’aération.
- Bouche : attaque souple, puis montée progressive en intensité. La structure tannique est présente mais fondue, jamais agressive. Le vin tapisse le palais sans le saturer, offrant une finale persistante sur des accents fruités et légèrement balsamiques.
Élevé pendant 12 mois en fûts de chêne français et américain, puis affiné quelques mois en bouteille, l’Azpilicueta Crianza incarne ce que le mot « Crianza » veut dire ici : un vin qui prend le temps sans perdre sa fraîcheur, comme un danseur qui connaît ses pas mais reste vivant à chaque note.
Et les autres cuvées ? Quand le Rioja prend de la hauteur
Si le Crianza est l’invitation, d’autres cuvées du domaine nous amènent à des altitudes sensorielles plus exigeantes. C’est notamment le cas de :
- Azpilicueta Reserva : plus complexe, plus ample, avec un élevage de 16 mois qui signe le vin d’entrelacs d’épices, de fruits noirs confits et de thé noir. Les tanins y sont soyeux, presque muselés. Un vin de conversation, autant que de gastronomie.
- Azpilicueta Origen : la cuvée la plus sincère et terroiriste du domaine : produite à partir de très vieilles vignes, elle révèle chaque recoin des sols calcaires et ferreux où poussent les ceps. Matières profondes, aromatique de truffe et de réglisse, une sorte de « Rioja noir » pour amateurs avertis.
- Azpilicueta Blanco : plus rare, mais étonnamment vibrant. Issu principalement de Viura, il offre une bouche citronnée, minérale, presque saline, parfaite avec des fruits de mer ou un fromage de brebis affiné.
Chaque cuvée est à l’image du climat, des vins travaillés sans fard, mais avec générosité. Les contenants – fûts, barriques, cuves – sont pensés pour chaque fraction du vin : rien n’est laissé au hasard, mais tout respire l’hospitalité viticole de la Rioja.
Accords mets et Azpilicueta : l’Espagne dans l’assiette et au verre
Ce que le vin murmure, la cuisine peut le chanter : la gamme Azpilicueta est un terrain de jeu fabuleux pour toute tablée épicurienne. Quelques suggestions pour un bal gustatif en plusieurs actes :
- Sur le Crianza : un agneau confit aux herbes, un jambon ibérique de belle intensité ou une empanada aux champignons et oignons caramélisés. Le petit gras du plat épouse la structure tannique du vin comme un gant en daim.
- Sur le Reserva : un magret de canard au miel et poivre sansho, ou une daube de joue de bœuf aux olives. Petits fruits noirs en retour de bouche garantis.
- Sur le Blanco : ceviche de daurade, risotto aux asperges, ou même un Comté 18 mois. Oui, vous avez bien lu.
Et si l’envie vous en prend, osez les tapas modernes : tacos de poulpe grillé, tartare de ventrèche, piquillos farcis… Le Rioja d’Azpilicueta ne craint pas la fusion culinaire, pourvu que l’intensité aromatique soit au rendez-vous.
Pourquoi Azpilicueta mérite votre cave (et votre attention)
On dit souvent que le Rioja est l’un des meilleurs rapports qualité-prix du monde du vin. Azpilicueta en est la parfaite illustration, mais c’est aussi bien plus que cela : c’est un domaine animé par une vision claire, une précision œnologique et une élégance sans ostentation. Chaque bouteille raconte l’Espagne, oui, mais dans ses inflexions les plus tendres comme les plus fougueuses.
À l’heure où le vin se fait parfois gadget, Azpilicueta, lui, continue de polir ses cuvées comme un artisan cisèle sa monture. À taille humaine, mais à résonance mondiale, ce domaine offre aux amateurs une belle leçon de constance et de justesse. Pas de feu d’artifice, mais un feu de cheminée ; pas de grands effets, mais des grands effets secondaires.
Alors, ce soir, pourquoi ne pas ouvrir une bouteille, tailler quelques copeaux de manchego, poser un disque de Paco de Lucía ou de Rosalía, et laisser votre palais faire le reste ? Car comme toujours avec Azpilicueta, la dégustation commence bien avant la première gorgée.